Depuis que les Démocrates ont regagné la majorité du Congrès, à Washington, ils s’activent sur une nouvelle législation qu’ils veulent faire aboutir au plus tard en juin. En première ligne, les sénateurs se sont lancés dans l’exercice en privilégiant l’écoute des acteurs (industriels, experts, etc…). Al Gore, qui vient d’être récompensé par un Oscar à Hollywood pour son désormais célèbre documentaire « Une vérité qui dérange », va pouvoir lui aussi présenter sa vision des choses à ses anciens collègues.
De fait, si l’objectif que ce sont fixés les parlementaires est simple à formuler – il est même consensuel aux Etats-Unis – personne ne sait encore comment le réaliser. Il s’agit de réduire « l’addiction » (dixit George Bush) de l’Amérique à l’égard du pétrole, tout en limitant les effets du réchauffement climatique (dont les Etats-Unis sont responsables pour un quart à eux seuls) en consommant donc plus propre. Le tout sans casser la machine économique bien sûr.
La complexité de cette équation explique la valse-hésitation et finalement le surplace de l’exécutif depuis plusieurs années. En janvier 2003, lors de son discours sur l’état de l’Union, le président Bush brossait le paysage d’une société du futur « tout hydrogène ». Et annonçait d’ambitieux plans technologiques, financements publics à l’avenant.
Quelques mois plus tard, changement de discours. La gigantesque panne qui privait d’électricité des millions d’Américains sur la côte Est des Etats-Unis poussait le gouvernement à définir une nouvelle priorité : améliorer la fiabilité des réseaux existants en favorisant une production décentralisée, basée sur les énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse, etc…).
En 2005, une loi fourre-tout, l’Energy Policy Act, consacrait cette absence de direction stratégique. En prévoyant aussi bien des dispositifs fiscaux favorables aux énergies renouvelables qu’au lancement d’études pour la réalisation de nouvelles centrales nucléaires, sans oublier l’encouragement à forer dans le golfe du Mexique à la recherche de nouveaux gisements pétroliers.
Le tout dans un contexte où de nombreux Etats de l’Union n’ont pas attendu Washington pour se doter de lois anti-réchauffement climatique, avec chacun des orientations et des priorités énergétiques différentes. Ainsi, en 2020, en Californie, les véhicules qui ne dégageront pas au moins 10 % d’émissions polluantes en moins ne pourront pas circuler sur les routes du Golden State. Mais ils pourront, sans problème, sillonner le reste du pays.
Comment y voir plus clair ? A priori, le rapport que vient de publier l’Electric Power Research Institute (EPRI), qui mutualise les efforts de recherche scientifique de la plupart des producteurs et de distributeurs d’énergie aux Etats-Unis, devrait y aider.
Certes, il fait le constat – attendu – que l’objectif de réduire significativement la production de gaz à effets de serre sera difficile à atteindre. Et donc il indique que pour revenir, d’ici 2030, au niveau des émissions de 1990 il sera nécessaire de …tout faire en même temps. C’est-à-dire des économies d’énergie, favoriser les énergies renouvelables, lancer des centrales nucléaires de nouvelles génération, capturer le CO2 émis par les centrales produisant de l’électricité, concevoir des réseaux de distribution « intelligents ». Et même accélérer l’avènement de nouvelles voitures hybrides capables de se recharger en électricité, chez l’usager, via une vulgaire prise de courant.
Sans surprise de la part de cet organisme scientifique, l’EPRI recommande donc de stimuler davantage encore l’innovation technologique américaine. A raison de 2 milliards de dollars par an, soit quelques dollars de plus sur la facture d’électricité de Monsieur-tout-le-monde.
A cette vision purement technologique, la firme de conseil McKinsey oppose une vision plus « environnementale ». Pour ces experts, spécialistes de la réorganisation du mode de fonctionnement des entreprises, une utilisation plus rationnelle de l’énergie déjà produite serait tout aussi efficace et nettement moins coûteuse pour la collectivité. Pour McKinsey, cette seule optimisation de la production et de la consommation permettrait de réduire de moitié l’augmentation prévisible de la demande énergétique dans les 15 ans à venir.
Fait nouveau, cette thèse a ses défenseurs, même parmi les firmes énergétiques. Ainsi, Peter Darbee, P-DG de Pacific Gaz & Electric, la principale entreprise de distribution énergétique de Californie vient de déclarer que, grâce à une meilleure gestion de l’offre, le Golden State n’avait pas augmenté sa production d’électricité depuis ..30 ans. Alors qu’au niveau national, celle-ci a progressé de 50 % sur la période. Et pourtant l’Etat a continué de progresser économiquement plus vite que le reste des Etats-Unis ces dernières décennies.
Ainsi, la Californie a évité de construire 24 nouvelles centrales qui auraient rejeté 125 millions de tonnes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, assure Peter Darbee. « L’avantage avec le choix d’une meilleure utilisation de l‘énergie c’est qu’il peut être appliqué immédiatement et en utilisant les technologies existantes », a-t-il souligné lors de son audition au Sénat.
Pour autant, malgré l’apparente simplicité de cette solution, les consultants de McKinsey ne cachent pas qu’elle recèle une difficulté majeure : pour donner sa pleine mesure, cette approche devra obtenir l’adhésion de millions de consommateurs prêts, eux aussi, à jouer le jeu.
Pour savoir si c’est possible, plusieurs expériences ont déjà lieu, près de Los Angeles et Seattle. Elles visent à responsabiliser les usagers en leur permettant, pour mieux consommer, de contrôler des compteurs intelligents reliés à des réseaux énergétiques plus performants. Pour les motiver davantage, on leur permet même d’empocher, par un chèque, les économies qu’ils ont réalisé en achetant mieux leur courant.
En cas de succès, l’expérience sera-t-elle étendue à tous les Etats-Unis ? Et les Démocrates – sans parler du futur président – choisiront-ils d’aider à la prise de conscience par des mesures politiques fortes ?
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