Au début du mois de février dernier, IBM a ouvert les portes de son laboratoire californien de R&D pour présenter des technologies en cours de développement dont le constructeur estiment qu’elles seront commercialisées d’ici cinq ans en moyenne.
Au delà de l’originalité même de ces technologies, c’est la façon dont IBM procède désormais pour les mettre au point qui paraît la plus originale. « Aujourd’hui plus de la moitié de nos équipes de chercheurs présentes dans la Silicon Valley sont directement engagées sur le terrain et collaborent avec des entreprises ou des universités », explique Dan Wardman, vice-président de l’IBM Silicon Valley Lab, à San Jose. Un phénomène que n’est pas limité à la seule côte Ouest des Etats-Unis. Le constructeur assure en effet que l’année dernière cette forme de collaboration scientifique a représenté 10 000 partenariats dans le monde, 55 % de plus qu’en 2005.
Elle s’inscrit d’ailleurs dans une stratégie plus globale de stimulation de l’innovation technologique concrétisée par l’initiative Innovation Jam (« Trop Plein d’innovation ») dans laquelle Big Blue a investit 100 millions de dollars. Le principe : proposer aux partenaires, clients et même salariés de suggérer de nouvelles idées pour améliorer les technologies existantes. Plus de 50 000 ont été ainsi proposé, dont la pertinence fut analysée par des logiciels (d’IBM bien sûr) et une dizaine sélectionnées et depuis financées. Sam Palmisano, le P-DG d’IBM a lui-même annoncé les résultats de l’Innovation Jam, via son avatar, sur l’espace virtuel inspiré du centre de recherche d’Almaden conçu sur Second Life.
D’un point de vue purement scientifique, IBM a développé avec les plus grandes universités américaines des partenariats en matière de recherche fondamentale.
Ainsi, par exemple, le laboratoire d’Almaden travaille avec une équipe de l’université de Stanford dans le domaine de la physique quantique et espère que les travaux de cette équipe pourront être progressivement intégrés dans des terminaux portables ultra-légers et communicants. Une autre équipe de scientifique avec le Massachusetts Institute of Technology sur des applications de bioinformatique depuis l’an 2000.
Avec la Carnegie Mellon University, Big Blue fait travailler ses informaticiens sur des logiciels Open Source utilisables pour des modélisations de problèmes mathématiques complexes.
L’Open Source est d’ailleurs l’un des domaines privilégiés de collaboration technologique avec le milieu académique. C’est ainsi que le laboratoire Watson d’IBM s’est associé avec l’université Harvard pour développer une technologie baptisée Identity Mixer, présentée pour la première fois par les scientifiques d’IBM de la Silicon Valley le mois dernier. Ce projet s’inscrit dans le cadre d’un développement Open Source plus général, Project Higgins destiné à améliorer la sécurité des transactions sur Internet. Identity Mixer est une technologie logicielle qui permet de protéger automatiquement toutes les données sensibles (informations financières et personnelles) échangées entre un internaute et un site marchand – ou un organisme financier – sur le web.
Princeton, l’université du Maryland ou la Georgetown University sont également des partenaires scientifiques de longue date. « Aujourd’hui notre approche de l’innovation repose sur un modèle extérieur-intérieur et non plus intérieur-extérieur », résume Dan Wardman. En reconnaissant qu’il y a une vingtaine d’années on demandait d’abord aux scientifiques du N°1 mondial de l’informatique d’innover dans leurs laboratoires sans trop se préoccuper, à l’avance, des attentes du monde extérieur.
Le milieu académique n’est pas le seul sur lequel le constructeur s’appuie pour stimuler sa capacité à l’innovation technologique. Celui-ci a en effet développé de nombreux partenariats avec des entreprises de tous secteurs d’activité économiques, pour mettre au point de nouvelles technologies correspondant à des besoins précis. Dès 2002, Big Blue a constitué une division, Engineering & Technology Services (E&TS), qui s’est constamment développé depuis au point de compter aujourd’hui plus de 1 300 experts, eux-mêmes capables de l’expertise de 50 000 ingénieurs et scientifiques maison. Dans les programmes technologiques ainsi conçus avec des équipes mixtes, IBM n’hésite pas à partager sa propriété intellectuelle – le groupe new-yorkais est celui qui, chaque année, dépose le plus grand nombre de brevets dans le monde – dans le but d’accélérer le rythme de l’innovation de ses clients.
En 2005, IBM a par exemple créé une division commune avec l’équipementier automobile Valeo, Embedded Software Business, qui développe des logiciels destinés à améliorer la sécurité à bord des véhicules.
Lors de la présentation effectuée récemment dans la Silicon Valley, les scientifiques d’IBM ont également présenté de nouvelles technologies dans le domaine du monitoring médical piloté via le web ou dans les nanotechnologies, pour purifier l’eau non potable, développées en partenariats. « Ces technologies ne sortent pas seulement de l’imagination de nos savants mais sont immédiatement utilisables », souligne George Pohle, l’un des responsables, dans la Silicon Valley, de la divisision E&TS.
Autre exemple significatif, l’ambitieux programme mené avec le groupe de grande distribution américain Circuit City. Très engagé dans l’expérimentation des mondes virtuels sur Second Life, IBM a développé avec son partenaire un magasin virtuel identique à n’importe quelle grande surface de Circuit City dans le monde réel. Là, les « consommateurs » expérimentaux peuvent se faire représenter par leurs propres avatars et déambuler entre les rayons comme ils le feraient dans leur supermarché favori. Dans cet espace en trois dimensions, ils ont la possibilité de « saisir » un article et, grâce à cet univers informatique un peu particulier, d’obtenir davantage d’informations sous une forme multimédia qu’ils n’en auraient dans le réalité. Afin d’enrichir encore « l’expérience utilisateur », IBM et Circuit City testent également la présence d’experts virtuels qui renseigneraient les consommateurs virtuels en direct. A terme, les avatars des clients pourraient communiquer entre eux, voire participer à des forums pour échanger leurs expériences de consommateurs… « Développer de tels environnements permet non seulement de maîtriser de nouvelles technologies mais de tester immédiatement leur acceptation auprès de nos clients », assure Bill McCorey, directeur informatique de Circuit City.
Comme l’explique Mark Dean, le patron de l’Almaden Research Center, le centre de recherche d’IBM dans la Silicon Valley qui compte plusieurs centaines de scientifiques de toutes spécialités, « plus ils sortent de leurs laboratoires pour rencontrer des entreprises, participer à des colloques ou écrirent dans des revues scientifiques, et plus nous nous rapprochons du but recherché ».
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