La révolution des technologies vertes passe d’abord
par les grandes villes: San Francisco, Oakland et San José, toutes résolument
engagées vers un changement radical du mode de vie de leurs habitants.
Il ne faut pas s’y tromper. Derrière la course
technologique dans laquelle s’est lancée la région, il y a une ambition
politique forte partagée aussi bien par le gouverneur de Californie, Arnorld
Schwarzenegger, que par les maires des villes concernées. Cette ambition, c’est
celle d’amener leurs citoyens vers un nouveau mode de vie, radicalement
différent.
À l’opposé de la mentalité de ces cinquante dernières
années, Il s’agit d’abord de faire comprendre à la population que l’énergie est
précieuse et qu’il convient de la consommer de façon raisonnable. Le message
n’est pas encore passé partout, mais la région compte la proportion d’habitants
la plus élevée du pays – et de loin – qui le reçoit, et l’applique.
Il y a une bonne raison pour que les habitants de la
Silicon Valley soient prêts, plus qu’ ailleurs, à adopter ce nouvel
« American Way of Life » : ils savent que le discours
volontariste de leurs dirigeants s’accompagne d’un nouveau cycle d’innovations
– le cinquième depuis les années 50 – qui va apporter, comme les autres, un
regain de croissance et donc une amélioration de leur niveau de vie.
Car ces cycles d’innovation, qui se répètent avec une
certaine régularité à chaque décennie, depuis la naissance de Hewlett-Packard à
Palo Alto en 1938, génèrent une prospérité qui rend cette région
particulièrement attractive non seulement pour les Américains, mais également
pour le reste du monde. Même si la région n’évite pas, elle non plus, les
crises macro-économiques et surtout les soubresauts liés à la fin d’un cycle d’innovation,
qui surviennent avec la même régularité que les débuts de cycle. Et qui en
général annoncent l’émergence du suivant.
En ces temps de crise économique généralisée, la perspective que l’innovation en matière de technologies vertes pourrait dynamiser l’économie locale pour les années à venir – et constituer ainsi une sorte de vaccin contre la conjoncture – ne laisse donc personne indifférent.
San José, ville pionnière
Nulle autre ville n’a articulé
une vision aussi forte et aussi complète autour d’une conversion au
développement durable, que cette ville de près de deux millions d’habitants, en
comptant l’on agglomération qui l’entoure. San José est considérée comme la
capitale de la Silicon Valley. Dès 2007, son maire, Chuck Reed, a présenté sa vision
dans le cadre d’un programme de quinze ans destiné à faire de sa ville la
première « green city » des Etats-Unis.
Certes, San José n’est pas la seule ville au monde à
nourrir une telle ambition. . D’autres mégapoles, notamment en Asie, font aussi
de leur mieux pour apprivoiser les nouvelles technologies, ou à tout le moins
inciter leurs habitants à mieux respecter les ressources naturelles et
l’environnement. Mais à San José, c’est différent. Arnold Schwarzenegger
lui-même, qui n’est pas de la même couleur politique que Chuck Reed, l’a
reconnu et a décerné au maire le titre honorifique de premier « maire vert » des États-Unis.
De fait, le plan de Chuck Reed tente de ne rien laisser
au hasard. Première rupture avec le credo du laisser-faire
énergétique : le principal objectif du programme Green City est de faire
en sorte que, d’ici 2022, chaque citadin ait réduit sa consommation énergétique
de …50%. San José est en train d’apprendre à ses habitants ce que signifie
« chasse au Gaspi » …
Plus classique, même si l’objectif est tout aussi
ambitieux : San José veut que 100 % de son électricité provienne d’énergie
renouvelable d’ici quinze ans. Il reste beaucoup à faire, puisque le
pourcentage actuel est inférieur à 20 %. Enfin, parmi les autres objectifs
principaux, figurent le recyclage complet de l’eau utilisée par la ville
(environ 400 millions de litres par jour), et la transformation de l’essentiel des bâtiments publics,
ainsi que d’une bonne partie de l’habitat privé, en habitations écologiques.
La liste est longue, avec par exemple plantation de millions d’arbres et le recours massif aux transports en commun. Comme le reconnaissent les principaux responsables du programme, « les ambitions sont faciles à énumérer, c’est leur mise en application qui est difficile ».
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